ActualitésChimen Lavi

Lettre ouverte au président de la république : Mr Jovenel Moise

Monsieur le Président,

Je suis un jeune citoyen Haïtien, informaticien de profession. J’appartiens à la classe moyenne et je côtoie tous les jours beaucoup de personnes.  

Monsieur le Président,

            Je ne vais pas m’étendre sur les problèmes de ma catégorie sociale que vous ne connaissez que trop bien. Je ne vais même pas vous dire que la très grande majorité de la population a faim et soif et vit une misère abjecte. Je ne vais pas non plus vous dire que tout stagne, que rien ne fonctionne et qu’on ne peut pas apporter de solutions viables aux maux du pays avec des réprobations publiques à l’égard de celui qui devrait être votre plus proche collaborateur ou encore à coup de slogans, à la fois, vides de sens, ridicules et creux. Et je ne vais pas vous apprendre que la classe moyenne fait aujourd’hui partie d’un souvenir lointain, que la misère noire est le lot quotidien de tous. Vous savez tout ça probablement. Sinon, ce serait dommage ! Que vous soyez incapable de résoudre ces problèmes post-révolution, ou que vous laissiez pourrir cette crise, pour en tirer un quelconque bénéfice ignoble, ne constituent pas ma préoccupation première, car le temps, Monsieur le Président, ce joueur avide qui gagne toujours sans tricher, finira par le dire à ma place. 

Cependant, Monsieur le Président, je veux vous dire que j’ai peur. Oui, très peur. Une peur indéfinissable mais tout à fait fondée. J’ai peur de l’avenir qui semble ne pas faire partie de vos soucis immédiats. J’ai peur que mon pays ne sombre dans l’anarchie et le chaos. J’ai peur qu’Haïti ne devienne invivable, dans les prochains jours. Nous y marchons à grands pas, vous, le premier, avec, semble-t-il, les yeux bandés.

J’ose vous rappeler, Monsieur le Président, que vous avez été élu par une frange très mince d’électeurs d’où, dès le départ, un manque flagrant de légitimité. Malgré tout, la population vous a accordé une chance et est restée de longs mois à vous suivre, à écouter vos promesses tellement faramineuses qu’elles en sont devenues presque fallacieuses. Finalement, la majorité de la population a dû admettre que Vous l’avez trahie de la manière la plus inattendue et la plus honteuse. 

C’est très douloureux, vous savez, quand vous aviez placé votre confiance, l’avenir de vos enfants et votre foi en quelqu’un et que ce soit cette personne qui, justement, vous enfonce davantage dans la situation difficile à laquelle vous tentiez d’échapper, en vous mettant sous son aile. Aujourd’hui, un grand pourcentage de femmes et d’hommes qui vous ont voté était loin d’imaginer que leur vote se transformerait en un vote fatal pour eux, pour leurs familles, pour le pays. Non content, Monsieur le Président, de la gifle que vous leur avez donnée, vous vous bouchez les oreilles et fermez les yeux sur les attentes justes du peuple.

Je ne vous apprendrai rien en vous rappelant l’essence de votre mission. Vous êtes le garant de la constitution. Un accident de l’histoire a fait de vous un président. En tant que tel, votre tâche essentielle était d’assurer la sécurité et de redonner confiance à ce pauvre peuple, si malmené et tellement désœuvré qu’il ne sait plus à quel saint se vouer, de sauvegarder leur dignité et surtout l’indépendance de leur pays si cher à eux.

Faute de pouvoir être un père pour la nation, comme l’ont été quelques rares chefs d’État qui vous ont précédés, essayez de vous offrir une sortie plus ou moins acceptable de la scène politique haïtienne en évitant d’être le président le plus honni de l’Histoire d’Haïti. Ayez un peu de jugement et de clairvoyance pour vous même et vos proches, face à la situation dans laquelle vous vous trouvez empêtrer et qui risque d’entrainer le pays dans un chaos dont nul ne peut en prévoir l’issu. Les hommes d’état, les vrais, mettent leur intérêt personnel en veilleuse pour prioriser celui de la Nation. Si vous faites ce geste salvateur, l’Histoire retiendra que, dans un dernier sursaut de lucidité, vous aviez choisi Haïti.

Par John BOISGUENE

Show More

Related Articles

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Close
Close